Nature_S, une approche vidéo/graphique du paysage

Je mène autour de mon atelier depuis une dizaine d’années des projets de création que je qualifie de convergence. J’invite un ou plusieurs artistes à développer avec moi, en résonance, un projet de création collective sur un thème qui m’est cher.

Après les deux projets de convergence fleuves, passionnants et extraordinaires portés ces deux dernières années : " Des mondes intérieurs, boîtes et autres contenants d'émotion partagée" et "VOI(E)(X)(S)", je ressens le désir de retourner à un projet plus intimiste, plus resserré, proche de "un voyage d'hiver" dialogué avec Daniel Airam en 2017 ou #voyage_intérieur en 2015 ou "Vanités végétales" en 2013 avec Marie-France Chevalier.

Un dialogue resserré avec deux autres artistes autour de ce thème des Nature_S et notamment sous l'angle du paysage : le paysage-corps, le paysage-monde, le paysage-portrait... Un dialogue rapproché naîtra, comme toujours dans mes projets, avec la vidéo et notamment un projet de vidéo d'animation expérimentale proposé par Jean-Baptiste Cleyet.

J'ai donc choisi Marie-France Chevalier pour un dialogue dessiné autour des Nature_S et du paysage et Jean Baptiste Cleyet pour un projet de dessin animé expérimental en connexion étroite avec notre propos et le sujet...

Comme à l’accoutumée, nous produirons durant les mois à venir, en écho, une réflexion et des oeuvres autour du thème et conforterons nos visions dans le cadre d’un projet de scénographie commun.

Jean-Marc Paubel

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Nature_S, une approche vidéo/graphique du paysage

Avec

Marie-France Chevalier, dessin

Jean-Baptiste Cleyet, vidéo

Jean-Marc Paubel, dessin/vidéo

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"Un voyage d'hiver", dessin pierre noire et lavis d'oxydes 100x150

Marie-France Chevalier

Artiste peintre, vit et travaille en alternance à Lyon et à la Chapelle-en-Vercors. Le paysage et le dessin tiennent un place essentielle dans son oeuvre. Dans le cadre de ce projet de convergence, Marie-France Chevalier va explorer de nouveau l’idée du paysage et développer, parallèlement un travail d’interprétation -sous forme de livre d’artiste- du paysage intérieur qu’est le jardin de son atelier de la chapelle-en-Vercors.

"Trois comètes" - vidéo 2015

De la Nature et du vol

De la Nature des souffles et des courants ; celle qui rugit sous l’orage et s’asperge d’étoiles les nuits de tempête… L’idée de l’arbre courbé à la lisière du désert et la mémoire de l’eau qui submerge ses cellules. J’aime les corps célestes, les météores, ces morceaux de nos âmes qui frôlent les collines comme on frôle des seins horizontaux. Car pendant que nous dormons, c’est à dire pendant que nous vivons, la Nature nous envahit : des visages se dessinent juste sous les sillons, des corps se lovent au creux des arbres millénaires.

 

Ces collines où deux amants entrelacés, avides d’une fusion impossible, labourent de leur ombre une prairie inversée…

Des corps inédits remplissent les nuages et des nuages soulèvent par endroit le noir des volcans. Parfois, les arbres puisent leur force au sein du ciel et ramifient leurs branches entre les rochers.

Il existe des rêves de baisers ; des étoiles éteintes dorment au creux des sources et rêvent du ciel qui s’endort à leur côté. Nous oublions que le vent est notre haleine d’autrefois et que le berger souvent, au baiser de la lune, laissait courir ses sabots et frémir son museau, tel un faon.

 

Il existe des envols inespérés…

 

Le désert, sous un ciel oblique, et un archange énucléé déploie sa caudale. Son oeil a remplacé la lune et éclaire mezza-voce  celle qui s’élève, portée par son amant, par-delà la vague des dunes… Ou bien encore trois pèlerins sous la pluie et qui gravissent un à un le fleuve des crânes qui mène au Golgotha. La lumière est blanche et la faille béante… Là aussi, les ruisseaux s’enflent à l’envers et recueillent à gros bouillons l’eau lasse des océans. La Nature n’est pas que le temps qui martèle la tempe des animaux effarés, elle est le lieu des débordements et des transferts, la coupe des transmutations.

 

La Nature est sans trêve et, comme la nef qui vacille au Mont Ararat, il est des pans entiers de notre réalité qui, au bord du gouffre, demandent grâce au moindre souffle.

Le vol est l’accessoire du rêve. Deux amants rêvent, allongés entre les racines d’un cèdre. Il se passe peu de temps avant que leurs deux corps ne chavirent. On les retrouve à la crête ombreuse des collines :  lui, les cornes aux aguets ; elle, qui frôle les lys et dégoutte la rosée.

Il n’est de quête qui ne soit portée par le vent.

Jean-Marc Paubel